Nous ne sommes plus des centristes, installés au centre-droit : nous sommes des démocrates, installés au centre.
En politique plus que partout ailleurs, les mots ont un sens, et plus ils sont utilisés, plus ils prennent une connotation presque plus importante que leur sens.
Par exemple, le mot « mondialisation » signifie « développement de liens d'interdépendance entre hommes, activités humaines et systèmes politiques à l'échelle du monde. » Et au fil de son utilisation, il a renvoyé en plus à un débat politique sur l'extension supposée du raisonnement économique à toutes les activités humaines, et la question de savoir comment la combattre ou en modifier le cours.
Il en va de même pour les mots « centrisme » et « centriste » : ils ont pris un sens, et surtout une connotation. Ils renvoient au centre-droit, à ce concept d’une version modérée de la droite qui la tempère et lui sert de force d’appoint. Ils renvoient à une mouvance tiède, hésitante, qui ne sait pas ce qu’elle veut et n’a aucune conviction ancrée. Par ailleurs, le terme « centriste » est un mot fermé : il renvoie à l’idée qu’on prône le centrisme à l’exclusion de tout le reste, de la même manière que le mot « socialiste » renvoie à l’idée qu’hors du socialisme point de salut.
Accepter d’être appelés « centristes » serait possible si nous étions toujours, comme l’ancienne UDF a pu l’être, cette version modérée de la droite qui la complète et l’équilibre. Or la campagne présidentielle de 2007, et la fondation du MoDem qui s’ensuivit, a fait de nous un mouvement profondément démocratique, indépendant et antisystème, qui propose de nouvelles règles du jeu politique. L’appellation « centristes », et le mot même « centrisme », ne nous correspondent donc pas, et nous devons les refuser l’un et l’autre.
Par définition, l’appellation qui nous correspond le mieux est celle qui renvoie à ce que nous sommes principalement, essentiellement.
Et principalement, essentiellement, nous sommes des démocrates.
C’est le souffle de la véritable démocratie contre un système politique verrouillé qui sert de clé de voûte à notre mouvement. Ce sont les principes de l’ouverture et du rassemblement par la démocratie, contre la fermeture et le sectarisme par le clivage gauche-droite, qui sont le moteur de notre mouvement. Et c’est la démocratie véritable, encore elle, qui est appelée à être la spécificité de notre mouvement par rapport au duopole UMP-PS, marqué à droite par le culte du chef, et à gauche par les jeux d’appareil entre chapelles concurrentes. Ce qui nous structure, ce qui nous définit, ce qui est notre identité, c’est la démocratie. Nous sommes donc, non pas des centristes, mais bien des démocrates.
Dans un monde parfait, les mots ont un sens clair et accepté par tous, et qui ne prête ni à confusion ni à polémique.
Nous ne vivons pas dans ce monde parfait : la politique inclut en permanence de violentes batailles sur le sens des mots. Par exemple, les partisans de la fermeture contre l’ouverture ont gagné ce type de bataille en donnant à « Europe libérale » le sens de « règne des marchés et de la loi du plus fort. » Autre exemple, la droite a gagné ce type de bataille en associant à l’expression « valeur travail », connotée positivement, des mesures qui profitent d’abord aux plus riches et peuvent nuire aux intérêts des salariés. Dernier exemple, la droite, là encore, a gagné ce type de bataille en associant à l’expression « ouverture », connotée positivement, ce qui reste une vaste entreprise de débauchage politicien.
En aucun cas nous ne pouvons nous laisser enfermer dans ce piège, en nous laissant appeler par des mots qui ne correspondent pas à ce que nous sommes. Or nous ne serons appelés que de la façon dont nous nous laisserons appeler sans réagir.
Nous devons donc assumer et affirmer, à tous les niveaux de la vie de notre mouvement, que nous sommes des démocrates, et non pas des centristes. Cela implique un effort de répétition qui sera sans doute fastidieux, mais indispensable pour que ce changement de dénomination soit intégré dans l’opinion publique.