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Documents - Enseignements des Municipales 2008

Quels enseignements tirer du scrutin? 20Minutes.fr,

Nombre de villes gagnées ou perdues aux 1er et 2e tours des municipales.

AFP/Infographie ¦ Nombre de villes gagnées ou perdues aux 1er et 2e tours des municipales.

 

Au lendemain du second tour des élections municipales et cantonales, qui a vu une vague rose remporter la majorité des grandes villes françaises et des départements, comment le scrutin a-t-il changé la donne? Quels enseignements les politiques doivent-ils en tirer?


Nicolas Sarkozy: changer de style

«Ce vote sanction porte sur les politiques publiques engagées. Ainsi, 71% des Français jugent inefficace la politique en matière de pouvoir d’achat et 74% rejettent le style de Nicolas Sarkozy, estimant qu’il ne se contrôle pas assez et affiche trop sa vie privée», affirmait dimanche soir François Miquet-Marty, directeur des études politiques de l’institut LH2, à 20minutes.fr.

Une analyse partagée par Dominique Reynié, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris. «La difficulté pour le président de la République, c’est que les Français n’ont pas clairement dit qu’ils désapprouvaient l’action du gouvernement et de ses ministres, mais plutôt sa propre attitude, a-t-il expliqué à 20minutes.fr. Il ne faut pas que Sarkozy laisse penser qu’il s’en prend à son gouvernement en effectuant un grand remaniement alors que c’est lui le problème.» Le Président n’a donc plus le choix: il doit changer de style.

UMP: poursuivre les réformes

«Il y a eu un certain rééquilibrage par rapport à 2001, la droite perd quelques villes symboles, mais en conserve d'autres». Dimanche soir, François Fillon ne s’est pas étendu sur la défaite de la droite, insistant sur l'aspect strictement local du scrutin. «Chaque commune, chaque canton présente des spécificités et il est donc malvenu de tirer de ce scrutin des leçons nationales», a-t-il déclaré. Comme Nicolas Sarkozy l'avait dit au «Figaro» avant le premier tour, le chef du gouvernement a rappelé qu'il n'était pas question de changer de cap: «La bataille pour l'emploi et le pouvoir d'achat doit s'accentuer». Et les réformes qui vont avec.

PS: Agir local, penser national

Si la gauche prend la main au niveau local, elle peine à rassembler au niveau national. Un handicap qu’elle devra compenser pour aborder les prochains rendez-vous électoraux, notamment les élections sénatoriales, prévues fin septembre. Auparavant, le Parti socialiste devra mettre fin à ses divisions. François Hollande a annoncé lundi qu’il annoncerait le 25 mars, date du Conseil national, «le calendrier précis» du «processus de rénovation de son parti» avec «vraisemblablement» un congrès à l'automne.

Reste à savoir si le congrès aura lieu avant ou après les sénatoriales. Le PS pourrait opter pour la première option, afin d’apparaître en parti uni et neuf pour aborder ces élections. Avec une question à laquelle le PS devra rapidement répondre: qui pour reprendre les rênes après François Hollande. Selon François Miquet-Marty, les résultats des municipales sont «favorables à Ségolène Royal car elle peut faire valoir sa forte implication dans la campagne, où elle s’est montrée très active, donc sa contribution à la victoire.»

MoDem: faire exister le parti au niveau local


Pour le parti centriste, l’enjeu est l’inverse de celui du PS. Le MoDem peine à exister au niveau local. Avec une difficulté: dépasser l’impression que le parti repose sur les seules épaules de François Bayrou, de surcroît perdant à Pau. Pour cela, le leader centriste comptait sur l’envol de quelques pousses lors des municipales. C’est peine perdue. Le leader centriste n’a pas réussi à faire émerger une classe de personnalités MoDem fortes. Et d’ici quelque temps, l’excuse de la jeunesse du parti, souvent invoquée par ses membres, ne suffira plus.

Les Verts confirment

Une «petite renaissance» et une revanche. «Après les bons résultats des listes autonomes des Verts obtenus la semaine dernière et des listes de la gauche au second tour, les Verts vont compter plus d'élus municipaux que lors de la mandature précédente», s’est félicitée dimanche soir Anne Souyris, porte-parole du parti. Poussés par la vague rose, les Verts emportent en plus une victoire symbolique: celle de Montreuil, arrachée à Jean-Pierre Brard (PCF), qui dirigeait la ville depuis 24 ans, par Dominique Voynet. Une revanche pour l’ancienne candidate à la présidentielle. Les élus espèrent mener au niveau local les politiques écologiques oubliées au niveau national. Seule ombre au tableau: à Paris, au terme d'un accord avec le PS, ils n'obtiennent que 9 conseillers, alors qu'ils en avaient 23 en 2001. Ils gardent le seul maire d'arrondissement Vert, Jacques Boutault, dont la liste fusionnée avec le PS a atteint 68,3% des voix dans le 2e arrondissement.

PCF: des pertes symboliques

Le parti communiste préserve un pouvoir municipal mais il est érodé. Malgré un résultat honorable, le PCF obtient 89 mairies communistes dans des villes de plus de 9.000 habitants (contre 86 dans la mandature précédente), la perte de bastions rouges, comme Calais, Aubervilliers et Montreuil, fait tâche. Pire: le département de Seine-Saint-Denis, symbole de la banlieue rouge et communiste depuis sa création en 1967, est passé dans le giron du Parti socialiste. Seule bonne nouvelle pour le PC: il profite de la vague rose et accroît le nombre de ses élus.

Extrême gauche: un bide dans les classes populaires


Au second tour, les listes présentées ou soutenues par la LCR «maintiennent ou augmentent leur score: 15,7% à Clermont-Ferrand, 8,77% à Louviers (Eure), 9,21% à Foix, 17,61% à Saint-Nazaire», affirme la LCR. «Nos listes sont devant celles de l'UMP dans ces deux dernières villes», se targue-t-elle. Un enthousiasme qui ne permet pas de dissimuler le bilan très mitigé de l’extrême gauche. «Elle a fait un bide dans les milieux populaires, notamment en banlieue, affirme Christophe Guilluy, géographe, à 20minutes.fr. Les candidats PCF à La Courneuve et Bobigny ont été élus avec un taux d'abstention énorme. Les communistes n'ont jamais su attirer l'électorat issu de l'immigration. Quant à la LCR, Olivier Besancenot séduit davantage les petites classes moyennes, comme les fonctionnaires, et les étudiants.»

Extrême droite: un score aussi mauvais qu'au premier tour

Pas de miracle pour l'extrême droite dont les résultats sont très médiocres mais pas plus mauvais qu'aux législatives de 2007. Selon Jean-Yves Camus, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques et spécialiste de l'extrême droite, «seul le noyau dur» de l'électorat d'extrême droite a voté en sa faveur, soit «5 à 10% du corps électoral selon les régions». Marine Le Pen échoue à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) avec un score de 28,73% au second tour (28,53% au premier). «Cela prouve l'incapacité du FN à bénéficier d'un report de voix de la droite traditionnelle», analyse Jean-Yves Camus.
Daniel Simonpieri, ancien maire FN de Marignane et candidat désormais soutenu par l'UMP, a été battu par un divers droite. De la «grande époque» des mairies FN (Toulon, Marignane, Vitrolles, Orange), seul subsiste aujourd'hui Jacques Bompard, désormais encarté au Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers. Sa femme, Marie-Claude, s'est imposée, elle, à Bollène (Vaucluse). Le MPF préserve d'ailleurs quelques communes sur le littoral de la Vendée, fief de son dirigeant, ainsi que Chaufailles, en Saône-et-Loire.

Abstention: une poussée trompeuse pour la gauche

Avec le taux de participation le plus bas au premier tour de municipales depuis 1959, les candidats espéraient compter sur une belle réserve de voix au second. C'est raté. L’abstention s’établie entre 34,5% (Ipsos-Dell et TNS Sofres) et 35% (CSA-Dexia) au niveau national.
Si le résultat des municipales sonne comme un désaveu pour la majorité au pouvoir, l’abstention massive, qui relativise la poussée de la gauche, est également une déconvenue pour le PS. Ainsi, le PS ne semble plus en mesure de mobiliser l’électorat populaire, grand absent de ce scrutin et qui renvoie gauche et droite dos à dos.


Sandrine Cochard et Alexandre Sulzer


20Minutes.fr, éditions du 17/03/2008 - 14h58

dernière mise à jour : 17/03/2008 - 21h10



Date de création : 18.03.2008 @ 08:53
Dernière modification : 18.03.2008 @ 08:53
Catégorie : Documents
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