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Localisme
Le localisme (du latin locus, lieu) est une doctrine politique qui consiste à privilégier ce qui est local sans toutefois se fixer de limites frontalières, favorisant ainsi la production de proximité, donc l'emploi local, tout en limitant l'empreinte écologique liée au transport de marchandises.
Application opérationnelle
Le localisme ouvert (ou "néo-localisme") - qui doit être cosmopolite et diversifié - consiste à réorienter la vie humaine sur un territoire autonome et quasiment autogéré, avec une économie de proximité. C'est toute la vie qui doit être reterritorialisée (Serge Latouche, "Vivre localement"[1]), notamment les relations interpersonnelles et le vivre ensemble. Il s'oppose aux relations a-personnelles qui se développent avec les médias planétaires et les formes de collectivités abstraites.
Cette relocalisation, à la fois de la vie politique (mise en place d'une démocratie participative) et économique, passe par une organisation du territoire en "villages urbains" (par exemple l'intercommunalité) permettant de satisfaire localement la plupart des besoins. Cette forme de localisme n'est toutefois pas l'autarcie, car certaines décisions et productions se feraient à des niveaux plus larges sur la base des institutions nationales et internationales existantes.
D'un point de vue technique, le localisme s'appuie par exemple sur une taxation variable selon l'origine des produits finis et matières premières utilisées, fiscalité assimilable à la taxe carbone. Le localisme peut donner lieu à des investissements publics dans l'appareil productif local ou encore à une promotion du travail coopératif du type SCOP. Le recours à la mobilité inter-entreprises sous la forme d'une bourse d'échange de postes peut également permettre de limiter les flux quotidiens de véhicules individuels entre plusieurs territoires urbains.
Pour arriver à des distances d'échanges suffisamment limitées, la doctrine localiste induit une réorganisation structurelle de l'appareil productif via l'implantation d'une multitude d'unités de production de taille adaptée à la communauté urbaine correspondante.
Positionnement politique
Le localisme ne s'inscrit pas dans une vision "droite/gauche" de l'échiquier politique traditionnel.
- Localisme et capitalisme : la doctrine localiste n'est pas en opposition avec le capitalisme dans le sens où elle n'entend pas limiter la création de richesses, au contraire l'économie de proximité[2] favorise une répartition plus directe des richesses produites en s'appuyant fortement sur la participation de tous à la production (valeur travail). Cependant le localisme n'est naturellement pas compatible avec une économie de marché globalisée et dérégulée.
- Localisme et socialisme : le localisme n'entre pas non plus en opposition avec le socialisme dans le sens où la collectivité participe étroitement à l'activité économique locale en veillant à maintenir une cohésion sociale par un écart raisonnable des revenus et limitant au maximum l'évaporation de richesses dans le circuit financier international. De plus le localisme favorise l'emploi donc l'insertion par l'accès à un travail suffisamment rémunérateur.
- Localisme et nationalisme/régionalisme : comme il n'y a pas de limites frontalières dans la notion de plus proche origine des produits consommés, le localisme ne s'arrête pas à un territoire administratif. Par exemple on ne peut raisonnablement pas créer un pôle aéronautique dans chaque communauté urbaine, dans ce cas le localisme s'inscrit plutôt à une échelle continentale. En revanche la production agro-alimentaire d'un département doit pouvoir subvenir en grande partie au besoins de sa population[3]. Par ailleurs le localisme ne repose aucunement sur l'affirmation d'identités particulières bien que la doctrine repose sur une organisation sociale de proximité consolidant de ce fait le patrimoine culturel.
- Localisme et protectionnisme : la doctrine localiste peut bien entendu apparaître comme une forme extrême de protectionnisme dans le sens où elle donne toute priorité à l'économie locale. En même temps il ne s'agit pas d'un protectionnisme d'état puisque le localisme n'a pas de frontières et défini une fiscalité progressive et non binaire (production interne/production externe). Ensuite le localisme ne concerne pas les services dématérialisés (Internet) ni les productions à très faible empreinte écologique (production hydro-électrique). Enfin l'organisation par petites unités de productions démultpliées par autant de communautés urbaines aboutirait très probablement à un marché globalisé de la propriété intelectuelle, c'est-à-dire à un commerce de licences entre sociétés du monde entier.
- Localisme et humanisme : ne serait-ce que d'un point de vue géographique, la doctrine localiste place l'homme au coeur du système économique. L'activité redevient au service de l'homme et de son développement personnel au sein de son environnement local. Par ailleurs les échanges de proximité favorisent l'interaction sociale et donc les relations humaines.
- Localisme et écologie : à l'évidence, le localisme s'inscrit fondamentalement dans la préservation de l'écosystème dans la mesure où l'objectif est de limiter au maximum l'empreinte écologique des échanges de biens, que ce soit en matière de consommation d'énergie fossile ou d'émission de CO² qu'en matière d'usure des équipements de transport mobiles (voitures, train,...) et statiques (routes, ponts,...). De plus la doctrine localiste intègre l'autonomie énergétique via une politique volontariste en matière d'économies d'énergie (développement de l'habitat passif, rationnalisation de l'éclairage public,...) et de promotion des énergies renouvelables (panneaux solaires, éolien individuel, ...).
- Localisme et altermondialisme : le localisme représente plus un standard politique adaptable à n'importe quel territoire plutôt qu'une véritable volonté de politique mondiale. Dans ce sens, des notions telles que la décroissance ou le commerce équitable ne sont pas nécessairement liées à la doctrine localiste, toutefois le localisme entre évidemment en opposition au principe de mondialisation libérale des échanges économiques.
Limites du localisme
Au-delà d'une simple tendance politique individuelle, l'action localiste se heurte rapidement à des règles internationales du commerce comme celles de l'OMC, par exemple, qui visent plutôt à faciliter la mondialisation des échanges, ou encore comme l'Union Européenne dont la politique économique repose sur une libre circulation des biens. Cependant, compte tenu des menaces écologiques qui pèsent sur la planète et suite au krach boursier de 2008 mettant en évidence l'extrême fragilité du système financier international, le libéralisme total d'un marché globalisé est de plus en plus controversé.
Par ailleurs le localisme ne peut exister que par une politique très volontariste pour faire face aux lobbys industriels ayant tout intérêt à voir leur zone de chalandise extensible à l'échelle mondiale et cela implique également une refonte très importante de l'appareil productif existant par un éclatement en petites unités locales, d'où des investissements considérables accompagnés d'une nécessaire adaptation sur place de la main d'oeuvre et de l'ingénierie.
Date de création : 14.10.2008 @ 18:14
Dernière modification : 24.07.2009 @ 14:54
Catégorie : Analyses
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