Ce n'est pas un hasard si les internautes plébiscitent Bayrou à une large majorité. Ils représentent
l'électeur-type de Bayrou : acteur et non consommateur, peu sensible à l'influence des médias, diplômé ou tout au moins ouvert à la culture, conscient des enjeux mondiaux, avec une ouverture d'esprit importante et un fort esprit critique, l'esprit pionnier, et une certaine alliance de l'idéalisme et du pragmatisme.
Les nouveaux sympathisants démocrates sont souvent issus des penseurs libres, fortement impliqués dans la réflexion politique mais peu encartés car ne parvenant pas à se retrouver jusque là dans l'offre politique.
Ceci fait du militant MoDem une espèce à part dans le monde politique, et François Bayrou en est extrêmement conscient. Il sait qu'il doit donner à chacun de ces militants beaucoup plus que ce que reçoivent les adhérents des partis traditionnels — d'où le chantier qu'il a lancé pour rédiger les statuts. Il s'agit de donner à chacun le moyen d'apporter sa contribution. Exigeant, critique mais enthousiaste et aguerri à la réflexion, le militant MoDem ne sera pas facile à dompter.
Le mot "démocrate" doit devenir aussi fondamental pour le MoDem que les mots "socialiste" et "libéral" le sont pour d'autres forces politiques.
Ce n'est pas gagné d'avance ; il faudra notamment éviter plusieurs écueils, liés à la dynamique de groupe, et qui conduisent inéluctablement ce type de fonctionnement collectif à l'échec :
- L'absence d'esprit critique et/ou de liberté vis-à-vis du groupe ou d'un leader
- Le raisonnement individualiste menant chacun à défendre ses intérêts particuliers au détriment de l'intérêt général
- Le manque d'efficacité avec des discussions anarchiques et sans aboutissement
- La négligence des avis des experts face au poids d'un groupe certain d'avoir raison
La mise en place de règles permettant de garantir les conditions nécessaires à la réussite de ce pari. En particulier, la réussite de tout projet reposant sur l'intelligence collective dépend de quelques conditions indispensables :
- Une adhésion fondée sur des buts communs
- Une confiance mutuelle entre les membres
- Des règles identiques pour tous les membres
- Une organisation dynamique, fondée sur le volontariat et la complémentarité des compétences
- Une autonomie et une responsabilisation de chaque membre
- Une prise de décision par vote ou consensus pour les décisions stratégiques
- Des outils techniques permettant l'interaction entre tous les membres
- Des normes facilitant la communication et la coordination des actions
- Un accès total et en temps réel à l'information pour toute la communauté
- Une vue synthétique et contextuelle de la situation pour chaque membre
- Un système de régulation permettant l'adaptation et la correction des erreurs
- La constitution d'une mémoire collective permettant de partager les expériences
Ces principes sont naturellement à l'œuvre dans les systèmes collaboratifs révolutionnaires (logiciels libres, forums de discussion, wikis, peer-to-peer, blogs) qui court-circuitent toutes les méthodes traditionnelles.
L'émergence de ces phénomènes de sociétés est directement liée aux innovations techniques rendant possibles les 12 conditions précitées, et notamment à l'invention d'un outil qui allait révolutionner l'informatique en permettant à des millions de particuliers de communiquer directement de pair à pair, court-circuitant toutes les organisations traditionnelles, et qui s'appelait le... modem.
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